Interview

Interview du Prez par Thomas Lacondemine - Blog « De Rouge et de Bleu » (http://derougeetdebleu.over-blog.com)

Entre De Rouge et de Bleu et l’Amicale des Rouge & Bleu, la rencontre était inéluctable. C’est désormais chose faite. Pendant de longues minutes, le président de l’amicale, Thierry Greco, 46 ans, est ainsi revenu avec nous sur cette saison 2010-2011 si particulière pour tous les supporters lyonnais, fortement marquée, bien sûr, par la fronde anti-Puel.
 
Tout au long de la saison, il ne s’est pas avéré facile, pour les
Rouge & Bleu, de se positionner dans un stade de Gerland où se sont souvent mêlées critiques, rancœurs et nostalgie. Créés il y a plus de dix ans, le 15 juin 2000, et installés depuis le début avec tambours et drapeaux dans le bloc G de la tribune Jean-Bouin, celle où sont nés la plupart des groupes de supporters, les Rouge & Bleu, qui totalisent bon an mal an plus de 150 adhérents, partagent tous, en effet, la même philosophie : encourager l’OL jusqu’au bout, quoi qu’il arrive.
 
 
>> Thierry, ça n’a pas été trop dur de rester fidèle à votre philosophie cette saison ?
La plupart d’entre nous ont connu la D2 avec Lyon, donc on relativise, on est très humble par rapport aux résultats. Beaucoup de gens, toutes tribunes confondues, sont « nés » avec les premiers titres de champion de l’OL. Nous, on a connu les matchs contre Cuiseaux-Louhans, Gueugnon, la montée contre Alès… On sait faire la part des choses. Ça reste du sport. On est là pour pousser, les joueurs ont besoin de nous et on sera là tout le temps. Ce qui ne veut pas dire qu’on est toujours content de ce qui se passe. On n’est pas des béni-oui-oui non plus. Ces derniers temps, surtout cette année, l’OL a mal joué.
 
>> Mais vous avez continué à encourager l’équipe malgré le contexte…
Ça n’a pas été évident. D’entendre des siffleurs… même s’il n’y en a pas qu’à Jean-Bouin. Là-dessus, je ne suis pas du tout d’accord. Tu vas dans un stade pour encourager. A la rigueur, si tu n’es pas content à la fin d’un match, tu peux siffler. Mais siffler à la présentation des joueurs, Makoun ou Gomis il y a deux ans, Puel… Mais c’est vrai que cette année, ça n’a pas été évident de lancer des chants, de motiver les gens. On sentait de la pression, du stress. Avec une équipe comme ça sur le papier, il était impensable qu’on ne joue pas les premiers rôles. Bon, on a toujours l’esprit positif. Mais c’est vrai qu’au niveau animation, on a galéré pas mal cette année, entre certains chants qui n’étaient pas repris, les critiques qu’on entendait derrière nous...
 
« Il y a eu des choses incompréhensibles cette année »
 
>> D’une manière générale, la saison a été très agitée dans les tribunes de Gerland. En tant que groupe de supporters, qu’avez-vous pensé de l’attitude du virage nord, avec notamment la banderole « Puel démission » que les supporters n’ont cessé de brandir tout au long de la saison ?
Les Bad Gones, on les côtoie. On n’a pas forcément la même façon de faire, mais on a un but commun, c’est d’encourager notre équipe, la suivre, être là, même à l’extérieur. La banderole « Puel démission », ce n’est pas trop notre truc. On n’a pas cette philosophie-là. Maintenant, je peux comprendre qu’à partir d’un moment il y ait une exaspération de certains groupes de supporters. Comme les Bad Gones sont le groupe le plus influant, celui qui fait le plus de bruit dans le stade, ils se sont fait entendre de cette façon-là, avec cette banderole. C’était leur façon à eux de dire, attention, on n’est pas content et on vous le fait savoir.
 
>> Vous les comprenez ?
Je comprends quand même qu’au bout de trois ans, il y ait une exaspération, oui. Et pas que du virage nord, pas que des Rouge & Bleu, de tous les supporters. Nous, il y a des choses qu’on n’a pas comprises au niveau des joueurs, au niveau du staff, leur nonchalance parfois, le fait de ne pas se donner toujours à fond sur le terrain, de se faire remonter contre Rennes, contre Nice… Il y a des choses incompréhensibles cette année. Après voilà, la façon de le faire savoir est différente. Nous on se dit qu’on encourage jusqu’à la fin. Eux sortent les banderoles avant la fin du match. Mais je peux les comprendre, oui. Sans forcément cautionner ça, je peux les comprendre.
 
« Depuis plus d’un an, je pense que Puel n’est pas l’entraîneur adéquat »
 
>> Vous comprenez aussi leur action lors dernier match à Gerland contre Caen, où ils s’en vont à la 69e minute après avoir multiplié les banderoles anti-Puel durant la rencontre ?
Un peu moins. Un peu moins, parce que je pense que c’est une petite erreur. Je comprends leur philosophie de mettre la pression sur le club. Mais, ça je l’aurai vu quelques matchs auparavant, pour marquer le coup, exprimer notre exaspération vis-à-vis du coach, mais pas contre Caen. Parce que contre Caen, on avait besoin de trois points. C’est ça que je n’ai pas compris et qu’on était nombreux à ne pas comprendre. Je veux dire, si tu gagnes contre Caen, t’es sûr d’être en Ligue des Champions et tu ne fais pas ce match de la peur contre Monaco (dernière journée). A la rigueur, tu peux peut-être même sauver Monaco. Donc ça, je n’ai pas compris, parce qu’on s’est un peu tirés une balle dans le pied. Le virage sud avait fait sa manifestation en dehors du stade, ils ont fait part de leur mécontentement aussi. Mais, une fois dans le stade, le virage sud a encouragé. Parce que c’était un match hyper important pour le club.
 
>> Cette fronde anti-Puel, tout au long de la saison, comment l’avez-vous vécu, vous, les Rouge et Bleu ?
On l’a vécu de façon un peu différente en fonction des sentiments de chacun. Moi, depuis l’année dernière, ça ne date même pas de cette année, je pense que Puel n’est pas l’entraineur adéquat pour l’OL. D’autres se sont dit qu’il fallait lui laisser le temps. C’était sujet à discussion. Comme je le disais, moi j’ai compris, sans cautionner, les Bad Gones avec leur banderole. Par contre, chez certains d’entre nous, l’incompréhension était plus importante, certains étaient vraiment déçus et critiquaient le fait que ces banderoles sortent lors d’un match, même à l’extérieur. On était un peu partagés, mais dans l’ensemble, pour nous, et sans jamais nous en prendre à l’homme, car seuls les critères sportifs doivent être pris en compte, Puel n’était plus le coach désiré pour l’équipe. Après, encore une fois, on peut avoir un sentiment, mais une expression différente pour le faire savoir. Nous, c’est encourager, puis à la fin, on fait les comptes. Comme on dit, c’est toujours à la fin du bal qu’on paie les musiciens. C’est notre état d’esprit. Il faut être derrière l’équipe. Mais on n’est pas forcément d’accord sur certains choix…
 
« On ne mérite pas de finir 3e. En D2, on avait parfois plus de jeu que cette année »
 
>> Vous l’avez dit vous-même, vous avez connu l’OL en D2 avec des matchs en « bois » contre des adversaires improbables. Malgré cela, on a l’impression que la 3e place de L1 obtenue cette saison ne vous satisfait guère. Expliquez-nous…
C’est ça le paradoxe. Cette saison, si on finit 12e, et d’ailleurs on aurait très bien pu finir 12e... Mais finalement, on finit 3e. Le paradoxe, c’est ça.  Mais le ressentiment des gens, ce n’est pas sur la 3e place. Le ressentiment des gens, c’est sur le jeu qu’il porte. Pour moi, il y a eu des fautes professionnelles de l’équipe lors de certains matchs. Ce n’est pas normal qu’avec une équipe comme ça, on ne fasse pas un minimum de jeu, qu’on ne se batte pas ou qu’on ne mouille pas son maillot. A Auxerre, ça a été incroyable. A Toulouse aussi, c’était exceptionnel, on a deux expulsés, on perd 2-0… Il y a des choses que les gens n’ont pas pardonnées. C’est pour ça qu’on a un sentiment de révolte à la fin, voire même pendant les matchs pour certains supporters qui l’ont fait savoir. Et tu te dis que même avec ça, on finit 3e, c’est à n’y rien comprendre. Personnellement, j’estime qu’on ne mérite pas de finir 3e. Tant mieux, on sera en Ligue des Champions l’année prochaine. On aura un autre entraineur, un autre staff, une autre équipe. Tant mieux. Mais sur le plan du jeu, on ne mérite pas.
 
>> Mais l’essentiel, c’est le résultat, non ?
C’est sujet à discussion entre nous. Certains disent : « Mais de tout façon on s’en fout du jeu, l’important c’est la place. Dans dix ans, on se rappellera qu’on a fini 3e ». Oui, mais moi je vais au stade pour voir quand même un minimum de jeu. Cette année, j’ai été vraiment déçu, parce qu’il n’y a eu aucun jeu. A part Marseille, sur les derniers matchs. Mais qu’est-ce qu’il y a d’autres comme beaux matchs ? Et encore Marseille, on passe près de la correctionnelle. Donc voilà, c’est pour ça que le sentiment des gens…. A l’époque de la D2, puisqu’on parlait de ça, on avait une bonne équipe, on produisait du jeu. On ratait souvent la montée, mais on avait plus de jeu à certains moments en D2 que cette année. Alors que sur le papier, là, t’as une équipe… Dès le premier match, tu la désignes championne. Tu ne peux pas faire autrement que champion cette année. Ce n’est pas qu’on est des enfants gâtés par rapport aux dernières années, mais c’est qu’avec une équipe comme ça, tu ne peux pas finir moins que premier. Alors j’ai quand même encouragé mon équipe, mais ça ne m’empêche d’avoir les nerfs pour cette saison. D’ailleurs, les derniers matchs, c’était vivement qu’on en finisse… Que l’on soit 3e d’accord, mais vivement qu’on en finisse et qu’on passe à une autre saison.
 
« Ces dernières années, on s’est un peu perdu »
 
>> Un mot, justement, sur la saison prochaine. Pour l’instant, on ne sait pas trop comment l’équipe et le staff vont évoluer, mais qu’en attendez-vous ?
Si on s’achemine vers un recentrage avec des vrais Gones, comme Rémi (Garde), comme Bruno (Génésio), si Robert (Duverne) revient, nous ça ne peut que nous satisfaire. Parce que l’OL s’est construit petit à petit à partir de 1987 quand Jean-Michel Aulas a fait revenir qui ? Bernard Lacombe et Raymond Domenech. Donc, on a planté les bases avec des Gones. Après le club s’est pérennisé, a investi, a eu ses heures de gloire dans les années 2000. Et au fil du temps, on a perdu, selon moi, cette âme lyonnaise du début. C’était un passage obligé parce que qui dit Ligue des Champions, titres, dit business. Mais, c’est une question, est-ce que ces dernières années, on ne s’est pas un peu perdu ? Avec certains transferts, Keita, Makoun, des erreurs de casting dans les entraineurs, surtout le dernier... Donc, le temps est peut-être venu de passer un coup de balai et de revenir à ces bases-là, qui ont été salutaires en 1987 quand on a fait revenir des gens du cru, et de partir plus humblement, plus modestement avec une équipe quand même compétitive, mais avec des joueurs et un staff qui prennent du plaisir à être ensemble et nous qui prenons du plaisir à les voir jouer. Donc, pour moi, si on s’achemine vers cette situation, c’est vraiment positif.
 
>> Vous accepteriez d’avoir une équipe moins forte, qui ne joue pas forcément le titre, mais qui mouille le maillot, qui incarne des valeurs, une identité ?
Oui, parce qu’il ne faut pas croire non plus qu’on sera champion tous les ans. Et il ne faut pas croire que c’est à coup de vedettes qu’on va rebooster une équipe. Moi je suis prêt à accepter quelques années plus modestes au niveau des résultats, mais avoir un groupe qui se crée, avec une super osmose entre les joueurs, faire jouer des Gones comme Gonalons, le parfait exemple, ou Lacazette, Grenier, Reale, Novillo, aussi, qui est super attaquant. Enfin, il y en a plein. Et faire un mélange entre les gamins, des vrais Gones, et des cadres expérimentés. Après, qu’il y ait quelques petites années avec des résultats un peu plus modestes, oui, si c’est pour avoir au final une équipe bien ficelée et compétitive. Il faut savoir repenser aux années d’avant les titres de champion et reprendre un peu de motivation. Il faut rester humble. Ça reste du sport. On a envie de jeu, de beau jeu et on ne peut pas être champion tous les ans. Il faut avoir ça en tête.

OL_Marseille2
Photo fanslyon.com - Magali